Contexte : le patrimoine de l’eau en Méditerranée
La caractéristique hydrologique de la Méditerranée a amené très tôt les sociétés locales à développer un ensemble de valeurs, de règles et de techniques pour assurer la protection et le partage des ressources en eau.
Dans le monde rural, le patrimoine de l’eau témoigne des efforts pour développer l’agriculture dans un contexte de pénurie : foggaras, canaux, aqueducs, puits, terrasses, etc. Le paysage issu de ces aménagements constitue en lui même un patrimoine emblématique (sites de terrasses de culture, huerta valencienne, etc.). Il témoigne aussi des efforts de domestication de l’eau à des fins industrielles (moulins) ou pour la sécurité des personnes (galeries drainantes, barrages).
La création poétique et littéraire méditerranéenne s’est également inspirée de la gestion hydrique, pour raconter le quotidien des paysans face à la pénurie ou les menaces liées aux catastrophes naturelles.
En milieu urbain, fontaines, hammam, bains publics, etc. témoignent des usages individuels et collectifs liés à la domestication de l’eau. La dimension sacrée de l’eau a également conduit à des architectures urbaines remarquables : jardins, lieux de cultes, etc.
Aujourd’hui, certains sites majeurs sont protégés - patrimoine antique ou sacré, jardins -, mais l’essentiel du patrimoine vernaculaire issu de la domestication de l’eau est fragilisé, sa pérennité menacée par les évolutions sociétales récentes (rationalisation des pratiques agricoles, exode rural, diminution des usages collectifs par exemple).
La préservation de ce patrimoine vernaculaire est pourtant essentielle en ce qu’il constitue une mémoire vivante des sociétés méditerranéennes et de leur rapport avec l’environnement : il illustre des bonnes pratiques de gestion de l’eau et peut répondre encore fréquemment à des besoins vitaux pour les populations (bains publics, puits).